Arrivée à Madras alias Chennai depuis 97 vers 2h du mat’, encore une ville dont le nom considéré pas assez Indien a été changé dans les années 90. Je partage un rickshaw avec un étudiant en médecine de Bangalore qui venait de passer une semaine à Houston où peut-être il avait croisé David (alias Fresh) qui y était à ce moment.

Difficile de trouver un hôtel à cette heure dans le chaos de Madras, heureusement le driver est un chouette bonhomme et il me fait visiter hôtel après hôtel sans broncher. Notre rickshaw fuse à travers les rues faussement calmes de la ville, où beaucoup dorment sur les trottoirs, quelques vaches paressent, tandis qu’à quelques pas, les chiens et les rats s’activent, sortes d’éboueurs nocturnes qui feront parmi les immondices le tri entre quelques nourritures et ce qui sera brûlé quand l’accumulation sera suffisante.

Alors que l’heure tourne, je décide finalement de retourner à l’hôtel Comfort, cher, 420 roupies, mais raisonnablement propre si l’on soustrait l’odeur indéfinissable qui émane du matelas. Tant pis pour cette nuit, demain il fera jour.

Le plan du quartier vaguement en tête, j’entame une petite visite matinale dans la ville décrite comme “Bombay sans charme” dans mon guide. En effet, au saut du lit, la ville me faisait l’impression d’un curieux mélange entre une fête foraine et les 24 heures du Mans. Sur ma route un Sri Lankais édenté me raconte l’atrocité de la guerre dans son pays où ils brainwashent les enfants avant de leur mettre un fusil dans les mains. C’est un prof, exilé politique qui a fuit son camp de Madurai pour venir chercher du travail à Chennai. Il me décrit la corruption Indienne qui fait que celui qui obtient le job, c’est celui qui offre le plus gros bakchich au recruteur. Il m’explique qu’il veut rentrer jusqu’à son camp mais qu’il n’a plus un rond. Je lui donne quelques pièces et continue ma route, un peu dépité.

Comme prévu j’arrive à ce qui été décrit dans mon guide comme un rond point. C’est plutôt un “triangle point” de la taille d’un terrain de foot, où des dizaines de vélos, pousse-pousses, rickshaws, voitures, camions, bus se klaxonnent, se roulent littéralement les uns sur les autres dans un bordel monstre ahurissant.

Je renonce à traverser la rue, le flow chaotique, renonce à visiter Fort St George, du moins à pied.

Après m’être perdu pendant une bonne heure dans les ramifications de Triplicane, je retrouve enfin ma chambre, mon bouquet garnis, me pose deux minutes, fait mon sac et file à 10 bornes de là, au Mofussil Bus Terminus, la plus grande station de bus de toute l’Asie, comparable à un aéroport, où un bus part toutes les 10 minutes pour Pondicherry.

Quatre heures de courses, juste assez pour regarder un film qui allie le chant et la danse avec le comique, l’action, les sentiments, une fille, un héros et un vilain moustachu comme tous les films de Bollywood. Personnellement, formaté à l’occidental, j’ai décroché au bout de deux heures…

Et voilà, déjà 4 nuits et 3 jours à Pondicherry et ça donne presque envie de s’y installer, ex-colonie, l’influence de la France est ici encore palpable. Gérard de Montmartre tient d’ailleurs l’hôtel où je me trouve. En lui parlant de mes projets, il m’indique un de ses amis, Patrick, menuisier qui peine à s’exporter et que je décide de rencontrer le lendemain.

Je toc à la lourde porte de Easychair, une femme ne parlant ni Anglais ni Français me fait signe d’attendre. Patrick Lafourcade, la soixantaine, barbe et cheveux aussi blancs que démesurés, n’est pas avare sur les détails de sa vie et de son travail, du très beau mobilier en bois exotique fait main, plus cher qu’Ikea mais indiscutablement plus solide. On parle prix, transport, délais, clientèle, capacité de production. Peut-être y a-t-il quelque chose à faire, je ne sais pas, Boris mon beau père antiquaire semble en douter, je vais chercher ailleurs…

Depuis quelques jours me taraude l’idée d’aller faire un petit séjour à Auroville, cité utopique, non loin de Pondi. J’me dis que je n’aurais surement pas d’autres occasions de me forger ma propre opinion sur cette curieuse ville largement controversée. En plus mon proprio me dit que la ville est très productive et dynamique à l’export. A voir donc..