Traversée de la nuit d’un siège à un autre jusqu’à ce que l’embarquement commence pour le vol à destination de Thiruvananthapuram, 800 points au Scrabble, à 8h00 AM heure locale, 4h00 du mat’ pour mon esprit fatigué, décalé..

Sortie de l’aéroport, soleil de plomb, comme d’habitude, 8 000 personnes derrière les barrières, pire qu’au concert de Bruel en 92, le zoo, sauf que l’attraction, les animaux, c’était nous.

Le plan était simple, on tire des roupies à la banque, et on s’tire en tacos dans un des hôtels présélectionnés par mon précieux guide Lonely Planet: How wrong could it go ?

Je passe le militaire, puis pour un ours au zoo de Toirie, et là je panique, pas de banques, pas de visages familiers, à part les autres blanbecs de l’avion au moins aussi perdus qu’moi. Dans une frénésie de gamins hurlants, de saris multicolores et de porteurs de sacs de riz, ILS étaient là, assurément entreprenants. Un des ILS me dit d’pas m’inquiéter et de le suivre “don’t worry” ; mais j’avais un problème, pas un rupee sur moi pour prendre les devants, donc je suis et repasse pour un ours, ré-affronte le militaire, change en une fraction de seconde un billet de 50 euros contre une liasse de vieux roupies défraichis ; je continu à suivre IL devant 1 000 zoophiles en rut jusqu’à une porte : PRE PAID TAXI, IL a vu juste le bougre, me disais-je, IL, dans un anglais dont les accents me sont encore pas familiers, loin de la langue de Shakespeare:

“- Where u go ?
– I would like to go to the city center, please sir
– The beach? Ko~~am BEACH ?
– Yeah.. perfect”

Sur ma carte, Thiruvananthapuram touche la cote, j’en déduis qu’il m’emmène à Thiruvananpoufpouf, près de la mer, là ou je trouverai un hôtel simple et pas cher, proche de la mer et des commerces et des marchés de vêtements colorés et de nourritures épicées..

Je payes mes 375 roupies, autant dire un oeil, et file dans mon taxi prépayé.

Traversant 15 bornes de l’Inde farouche et balbutiante, meurtrie et agitée, je ne comprend pas un mot de ce que mon chauffeur raconte. Il me tend le prospectus d’un hôtel digne d’un palace Deauvillais, et je commence à comprendre en voyant s’éloigner les panneaux Trivandrum et se multiplier les 4 par 3 insolant de ces hôtels à enclos, protégeant de la pauvreté des autochtones errants et misérables.

En croisant plus de blancs que d’indiens à la sortie de mon taxi, je descends le chemin menant à la plage où j’attendais que mon guide m’en dise plus sur cet endroit où les gens me harcèlent déjà.

Tout en lisant mon guide, Roby de son nom me parle constamment. Il m’apprend que nous sommes à Kovalam, anagramme improbable de Malakof me disais-je, page 887 :

” Kerala’s most popular beach-side resort, Kovalam is the scene of chaotic beach-front development, high prices, desperate souvenirs sellers and a dramatic influx of charter groups..”

Effectivement, comtemplais-je alors que Roby parlait toujours.. Je relis alors Trivandrum page 882:

“..retains some of old Kerala’s ambiance.. this is still one of India’s most pleasant city.”
“-Rob, d’you know where’s the nearest bus station ?”

Sac à dos et à ventre, je remonte la ruelle et entame le chemin à pied, 5 ou 6 km où, malgré le risque d’insolation à midi pile, je jubile sous les regards devenus tellement plus sympathiques des Indiens que je croise, comme si ils avaient compris que j’étais venu chercher autre chose.

Je monte finalement dans le bus à 7 roupies, me repère dans la ville et me retrouve ce soir au Ganesh Hotel, page 884 : “tucked away in a pleasant part of town, this place has quiet, big, clean rooms.”

Comme on dit : “Suivez le guide !”